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Photographies: Naoko Omori & Mc Cock
Plan caractéristique d'un roji tel que décrit dans le texte ci-dessus sur leur formation.
Exemple de forme urbaine dans le quartier Ota-ku au sud de Tokyo (où sont prises nombre de photographies montrées ci-avant). La trame viaire est indiquée en "gris"; les rojis (ici nord-sud) redivisent les ilôts  formés par cette trame principale pour desservir les maisons éloignées de la rue.
La forme remarquable des "rojis" nous intéresse particulièrement car nous retrouverons certaines similitudes dans l'étude des hutong: à partir d'un parcellaire large issu d'une ville alors peu dense et aux structures sociales différentes, le réseau des ruelles permettant de desservir les coeurs d'ilôts s'est developpé par la suite, quand la ville s'est densifiée et que son parcellaire s'est resserré!
Dans ce cas, pour accéder aux maisons originellement au fond de terrain, les « Rojis » ont été formés. Dans d'autres cas, suite à l'agrandissement de la ville, la zone rurale environnante a été urbanisée et des sentiers sont devenus des « Rojis ». Dans tous les cas, les « Rojis » ont été formés lentement et spontanément pour répondre aux besoins des habitants. Presque tous les « Rojis » ont leur origine dans l'époque qui précède l'apparition de l'automobile et la question de savoir si une voiture pouvait y passer ne se posait pas. La seule nécessité était que deux personnes puissent se croiser.

Il est intéressant de constater que très souvent (presque dans tous les cas) le mot « Roji » s'accompagne de considérations concernant l'agréable, l'intime, la tendresse ou la douceur. Probablement, ces idées n'étaient pas contenues à l'origine dans la conception des « Roji ». Dans des époques antérieures, particulièrement juste après des séismes ou des incendies importants, les « Roji » ont évoqué une idée négative parce que les voitures de pompiers ou les ambulances ne pouvaient y pénétrer. Pourtant, de nos jours, là où les relations entre voisins se sont affaiblies, l'intimité des « roji » de petite taille est revalorisée.
Formation des "rojis" / origine


Il semble que l'on puisse considérer un « Roji » comme une ruelle qui permette d'accéder à un bâtiment qui ne touche pas une rue principale. Par exemple, à « Edo (Tokyo) », plusieurs « Rojis » se sont formés dans ce but. Dans les quartiers commerciaux d' « Edo », les magasins ont été construits sur les terrains touchant les rues principales. A l'intérieur des îlots, derrière ces magasins, des « Nagayas = logements pour le peuple » ont été installés. On avait besoin d'une ruelle pour accéder aux « Nagayas » à partir des rues principales et on avait aussi besoin d'autres « Roji » entre les « Nagayas », parce qu'en principe, les « Nagayas » ont une forme longue et étroite, et plusieurs familles partageaient un « Nagaya ». Dans cette situation, le « Roji » servait de cour avec un puits.

On observe différents types de processus de formation des « Roji ». Par exemple, après la Restauration de Meiji, beaucoup de famille de « Bushi » ne pouvaient plus conserver leur grande résidence. Ces terrains ont été vendus et divisés ; plusieurs maisons plus petites ont été construites.
(jouer le diaporama)
(*)   Satoshi OKAMOTO, Edo-Tokyo no roji, 2006,Gakugeishuppansha
(**)  http://poesie.web.fc2.com
S. Okamoto (*) a écrit «Le concept de Roji contient des aspects que l'on ne peut pas circonscrire par une règle objective. Il nécessite une approche qui est basée plutôt sur la sensation, ou conceptuelle, et historique (règle de temps) ». Et d'après lui, un « Roji » n'est ni un « douro = rue, avenue, boulevard etc. » ni un terrain d'habitation mais il est la partie marginale ou l'interstice et il est un espace créé sans intention mais en suivant une nécessité. Et il considère aussi que c'est un espace dont la connaissance et la définition ne peuvent se départir d'une sensation réelle et d'un attachement.

 Sur un site Internet (**) on peut trouver une autre définition des « Roji ». D'après cet auteur, le «Roji » est la ruelle qui est engendrée spontanément et d'une manière naturelle en conséquence d'une nécessité et qui est faite pour les gens qui y vont et viennent à pied.
Définition des "rojis"

1.   (i) Terre exposée au vent et à la pluie, sans couverture.
      (ii) [bouddhisme] État d'âme loin de la concupiscence.
2.   Jardin du style de la maison pour la cérémonie du thé.
3.   Passage sur le terrain d'un bâtiment ou d'une maison.
4.   Petite ou étroite rue entre des maisons. Ruelle.
(Citation de « Koujien »)

Aujourd'hui, le mot « Roji » est utilisé principalement dans la 4e signification. Mais la différence entre la rue « normale » et le « roji » est vague. On dit qu'un « Roji » est étroit mais on ne sait pas à partir de combien de mètre on peut le considérer « étroit ». Et même si l'on définissait une largeur précise, on ne considérerait pas pour autant toutes les rues étroites comme des « Roji ».
Nous vous avons présenté récemment une vidéo du quartier Masséna, forme d'urbanisme que nous réprouvons, pour plusieurs raisons:
  
  • pour sa négation du sol de ville (construction sur dalle),  forme "violente", arbitraire, anti - écologique, déterritorialisée...
  • pour son plan urbain, n ième reconduction de l'échelle hausmanienne ici vouée à l'automobile, moribonde, absente de toute intention humaine, poétique et sociale;
  • pour l'architecture qu'elle génère, conséquence de cet esprit de système,  architecture d'apparence, de façade... hors de toute échelle intime et humaine. Soit l'application des systèmes capitalistiques au domaine de l'habitat et de la construction, porté par une génération de concepteurs qui "ignore" les destinataires de leurs réalisations, enfermés dans leurs egos ou leur monde... Il y a toute une schizo-analyse de la ville à effectuer (ce à quoi tente de s'appliquer ce site), qui nous ferait reconsidérer le fait de construire dans son humanité, sa "simplicité" et selon les principes de nécessité!

Il nous importe donc de vous présenter ce que nous considérons comme l'anti-thèse de ces systèmes, des formes sociables, humaines, écrites dans la profondeur de l'histoire... avant que notre société ne devienne une vaste entreprise systématique. Nous prétendons que ces formes sont reconductibles, que seuls nos volontés et nos désirs sont en jeu, et nous rejetons les arguments souvent invoqués de manque de disponibilité foncière, argument purement politique invoqué par ceux qui détiennent ou se satisfont de cet arbitraire.

Parmi ces formes urbaines, nous vous présentons ici les "rojis", forme typiquement japonaise qu'a relevé Augustin Berque dans ses études des villes japonaises ("Du geste à la Cité" notamment, ed. Gallimard). Forme éminamment sociable, difficile à définir car sa définition dépasse les catégories objectives et relève souvent du "sentiment" des japonais dont nous connaissons l'attachement à l'espace et à la nature.

Cet article est écrit grace à Naoko Omori qui a traduit les différentes significations du terme "roji" et a recherché les photographies présentées. Nous n'avons fait que relire sa traduction et mettre en forme son travail.
Tokyo / les "rojis"
Site consacré à l'architecture et aux études urbaines
lien vers l'atelier d'architecture...
Nous ajoutons quelques photographies supplémentaires envoyées par Naoko Omori (nov. 2008)