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hutong pékinois. Pékin modèle de ville écologique ?

rue parisienne

Même si la surface construite par habitant est inférieure à la surface moyenne parisienne, les habitants disposent d'un espace extérieur inappréciable en terme de qualité de vie. C'est tout un mode d'habiter qu'il nous faut (re)considérer, si nous savons nous dégager d'un système dont nous héritons et que nous ne savons comprendre et analyser (qu'est-ce que les immeubles de rapport dans lesquels nous vivons, quelle signification sociale cela a-t-il, quel résultat spatial?).
  

En conclusion provisoire...

Non, la ville dense n'est pas obligatoirement haussmannienne ou post-haussmannienne (New-York, Shanghai aujourd'hui...), c'est à dire le résultat d'un désaisissement de l'espace privé, de l'accumulation privée (parfois publique!) et de la collectivisation toujours plus grande de l'espace non bâti.

Des exemples de villes comme Pékin nous montrent des systèmes radicalement différents, éminement urbains, construits sur un ensemble de règles simples et égalitaires, respectant les individualités...

Non, la ville écologique n'est pas celle des superstructures prétendument HQE... mais celle des maisons possiblement passives et qui disposent d'un espace de cour ou de jardin (potagers autrefois). Sur ces "maisons" le ratio de toiture est de 1 pour 1m² construit... de quoi utiliser l'énergie solaire ! Le manque d'espace (raconté par certains) pour loger tout le monde et construire des villes comme l'ancien Pékin est une contre-vérité !

Et n'oubliez pas, à Pékin on circulait à vélo... (pour ceux qui objecteraient la trop faible densité et la nécessité de transports motorisés...).

Où souhaitez-vous vous promener et vous rencontrer ?

Nous terminerons cette approche en arpentant les rues de Paris et de Pékin. Une vision schématique comme ci-contre n'est pas inutile si nous faisons l'effort de nous abstraire et de nous imaginer dans quel lieu nous vivons...


La rue pékinoise est docile, perpétuellement soumise au frémissement des arbres et aux ombres qui les accompagnent. La rue parisienne est dure et "stérile" en comparaison!
  

Ces deux images donnent une échelle des deux villes que nous comparons, sur des rectangles de même dimension!

L'aspect serré des blocs parisiens correspond à une réalité qui nous échappe souvent tant nous y sommes habitués... mais elle ne va pas de soi pour qui prend du recul...

La fine trame pékinoise, presque "textile" nous étonne... et pourtant nous vous renvoyons aux densités d'habitants que nous vous avons énoncées au début!
  

Où aimeriez-vous habiter ?

A Paris une grande partie des rues et des bas d'immeubles sont dans l'ombre la plus grande partie de la journée. Les immeubles portent ombre les uns sur les autres et les heures d'ensoleillement d'un logement sont réduites sauf pour les plus favorisés (étages hauts bien exposés).

A Pékin la situation est radicalement différente. Les bâtiments ne portent pas ombre les uns sur les autres! Tout bâtiment (préférentiellement nord-sud, sinon est-ouest) reçoit un ensoleillement une partie de la journée et les cours sont exposées au soleil. De ce point de vue, la ville est beaucoup plus "égalitaire" dans le traitement qu'elle propose des différents logements...
  

Ombre et lumière

Ces deux schémas issus des photographies montrées précédemment sont explicites ! D'un côté l'espace privatif a disparu dans la ville au profit d'un espace collectivisé (immeubles collectifs et cours afférentes). De l'autre (de manière exagérée?) les espaces privatifs des cours intérieures... devenues collectives depuis 1950, mais néanmoins radicalement différentes des cours parisiennes, véritablement investies par les habitants qui l'entourent.

A Pékin la surface de l'espace public est réduite au strict nécessaire. A Paris une grande partie de l'espace au sol est "stérilisé" par les cours collectives qui ont plus comme fonction de distancier les logements et d'assurer un passage que de créer un espace collectif au sol !
  

Espace public, espace privé...

Au plus proche de la notion d'habiter, ces deux systèmes sont donc radicalement différents. Dans un cas l'accumulation verticale repousse les habitants dans les étages, déconnectés du sol et de l'espace extérieur qu'il offre notamment à la "belle saison", pour habiter des appartements conçus comme investissements. Le critère qui subsiste, pas toujours respecté, est celui de la lumière et de la vue et nous comprenons qu'aujourd'hui dans tant de projets ce soient ces "qualités" qui priment pour vendre des logements: ensoleillement, vue sur le "parc"...

Mais la qualité primordiale de rapport au sol, d'utilisation d'un espace extérieur (pour habiter dehors, planter, jardiner...) a disparu.

Pour comparer ces deux systèmes urbains, il nous faut nous approcher au plus près des constructions et de leurs qualités présumées. N'est-ce-pas la question qui nous intéresse le plus en tant qu'architectes ou habitants?

L'accumulation verticale des logements sous forme d'immeubles nous semble aujourd'hui "naturelle"! Nous y sommes tellement habitués qu'une autre hypothèse nous semble impossible ou utopique... Le débat aujourd'hui sur la densité urbaine sert d'alibi aux promoteurs des constructions hautes, alors que Pékin nous montre explicitement que la densité basse est possible et qu'elle est très "urbaine" au sens premier du terme.

la maison à cour pékinoise...

est le résultat d'une toute autre logique qui a vu dès l'origine l'institution d'un velum obligeant à construire de plain pied (seuls les bâtiments officiels et les temples pouvaient émerger).

Bâties d'abord en bordure de voie (hutong), les batiments se sont développés dans la profondeur des parcelles par cours successives.

Ce n'est qu'ultérieurement que la densification (trop prononcée) des parcelles amènera à construire des extensions sur l'espace de la cour et parfois même aumilieu de celle-ci. La cour devient alors l'espace congru, mais les habitations conservent leur hauteur et leur qualité d'être de plain pied.

  

L'immeuble à cour parisien,

est caractéristique du mode d'occupation des ilôts. Avant que ne soit institué un velum et que les prospects ne règlementent les distances entre bâtiments à respecter, l'immeuble à cour a été le moyen de densifier les parcelles anciennes en ménageant vue et lumière aux différents logements. Dans la profondeur d'une parcelle une ou plusieurs cours successives permettent d'élever les habitations, tout comme la largeur des rues qui a été augmentée.

Le rapport direct au sol est perdu, mais la ville peut ainsi croitre dans son enceinte. Beaucoup de situations qui seraient aujourd'hui interdites par les règlements se sont développées, et nombre de cours anciennes (surtout dans les quartiers centraux) ne répondent pas aujourd'hui aux règles d'ensoleillement minimales!

  

et l'ilôt pékinois...
Le terme d'ilôt est employé sans doute de manière abusive à Pékin. Nous l'employons par commodité pour comparer deux systèmes urbains. Nous parlons donc ici de l'espace compris entre les ruelles (hutong) et bâti progressivement. Deux ruelles est-ouest sont généralement distantes de 72m environ.

Contrairement à Paris, la construction des ilôts suit des règles précises et définies (tout comme la trame urbaine a été dessinée).

Les acquéreurs de lots avaient l'obligation de construire tout d'abord à l'alignement des ruelles pour former celle-ci. Ensuite se développaient les constructions en intérieur d'ilôt par cours successives (c'est ainsi qu'a été choisie la distance entre deux hutong, comme une résulatnte d'un nombre de cours successives maximal).

La hauteur des construction est règlementée (plain-pied) et donne lieu à une répétition de constructions basses articulées autour de cours privées, ce qui n'empêche pas la construction de bâtiments plus vastes dédiés aux activités artisanales ou au commerce par exemple..

L'ilôt parisien,
Il serait présomptueux (et faux!) de prétendre décrire un ilôt parisien standard, mais nous pouvons dégager quelques particularités. Pour les ilôts proprement haussmanniens, nous vous renvoyons à la très bonne étude "De l'ilôt à la barre" de Panerai, Castex et Depaule.

Quand la ville s'est constituée progressivement dans les époques antérieures, l'ilôt s'est d'abord formé au contact de la rue en ménageant un coeur d' ilôt "vide" ou peu construit (ou abritant des activités artisanales)... qui s'est densifié par la suite. La largeur des voies et les prospects admis ont permis une élévation des constructions et s'est développé une succession d'immeubles à cour. Parfois les cours de coeur d'ilôt étaient vastes, comme la résultante des densifications progressives des bordures.

L'image ci-contre est intéressante car elle montre jusqu'à une époque récente la densification progressive d'un ilôt parisien bordé de deux rues distantes de 75m... comme dans les hutong de Pékin !
  

A la même échelle, cette fois dans un rectangle de 200m de haut, les ilôts de Paris et de Pékin.

Pékin...
Contrairement à Paris il existe une trame urbaine générale qui apparait à cette échelle et qui a été pensée à l'origine de la ville, sous forme de larges avenues qui reliaient les portes extérieures.

La trame plus fine, comme un écheveau, est difficiliment lisible à cette échelle car elle est beaucoup plus étroite qu'à Paris. Il s'agit des "hutong", majoritairement orientés est-ouest. Leur largeur varie de 4 à 6 m seulement, à mettre en rapport avec la faible hauteur du bâti.

L'espace public est peu développé au profit de l'espace privé des cours intérieures omniprésentes. La végétation est très développée dans ces espaces intérieurs et apparait nettement sur l'image.

A la même échelle, cette fois dans un rectangle de 800m de haut, deux quartiers " typiques"  de l'urbanisme de Paris et de Pékin.

A la même échelle, dans un rectangle de 10km de haut, les deux villes "historiques"  de Paris et Pékin

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Formes urbaines

Mai 2010 / Nous entreprenons ici de comparer deux modèles urbains radicalement différents... Paris et Pékin!  Nos observations porteront sur le tissu parisien antérieur au début du XXème siècle et le tissu pékinois antérieur à 1950. En effet au delà de ces dates les modèles urbains développés ont été radicalement différents, entrainant souvent la destruction des tissus anciens. Paris en porte de nombreux stigmates, Pékin de plus en plus...
Même si nous regrettons cette évolution, ce texte n'est pas une critique des évolutions "modernes" de l'urbanisme. Il s'agit d'une observation de modèles différents pour nous permettre de choisir les modèles que nous entendrions développer et où nous aimerions habiter.

Paris versus Pékin

Quelques chiffres comparatifs

Avec des structures radicalement différentes, les deux villes "historiques" ont des tailles comparables comme le montrent les images ci-dessus.
Paris s'est construite de manière concentrique et couvre 105,40 km²;
Pékin construite dès l'origine sur une trame orthogonale cloturée par une enceinte couvre 87,1 km² soit environ 80% de Paris.

Actuellement la population de ces deux "centre-villes" est comparable et avoisinne 2.100.000 habitants... Cependant plusieurs éléments nous amènent à comparer des chiffres antérieurs:
  1. les transformations urbaines dont des destructions-reconstructions importantes qu'ont subies ces deux villes;
  2. leurs modifications liées aux transformations socio-professionnelles et au développement des bureaux;
  3. l'afflux de population à Pékin en 1950 quand 8 familles sont venues habiter un siheyuan autrefois habité par une famille (au sens large), du fait des transformations politiques.

Pour toutes ces raisons nous comparerons plus volontiers les chiffres de 1940 qui donnent ceci:
Paris 2,7 M habitants
Pékin 1,55 M habitants

Et si nous le traduisons en densité nous comparerons donc les 25.616 h/km² de Paris aux 17.795 h/km² de Pékin.
Paris considéré comme une ville très dense ne serait donc que 40% plus dense que Pékin, avec un modèle urbain très différent et beaucoup plus haut! Nous reviendrons sur ces considérations de densité...

Comment comprendre un si faible écart?... la prise en compte des bois de Boulogne et de Vincennes (Pékin a aussi des parcs), les emprises ferroviaires et industrielles parisiennes, la Seine, les typologies plus basses par endroits... ?

Nous manquons d'informations statistiques pour apporter toutes les réponses, et nous poursuivrons en comparant deux typologies urbaines très différentes...

  

Paris...
Beaucoup d'éléments de la trame urbaine parisienne se lisent à cette échelle:
  • Une trame générale historique presque orthogonale, variant seulement en fonction de la topographie et des radiales historiques qui menaient au centre de la ville (ici la rue du faubourg montmartre en bas à gauche de l'image).
  • des percées haussmaniennes (ici les rues La Fayette et de Maubeuge) qui cisaillent la ville et relient des points importants, monuments, gares...etc.
  • une densité viaire importante et une présence faible d'espaces publics, places ou jardins. Des ilôts densément bâtis, ne préservant que peu de coeur d'ilôts vides.

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